Une belle soirée de printemps s’annonce sur les hauteurs du canton de Neuchâtel. Avec mon fils, nous nous installons en bordure d’un pâturage boisé, près d’un terrier qui a déjà vu naître et grandir tant de générations de renardeaux. Il y a dans ces moments partagés une attention particulière : parler moins fort, bouger plus lentement, regarder ensemble dans la même direction.
Autour de nous, la lumière glisse entre les herbes mouvantes. Le vent couche par vagues les tiges devant l’objectif, dessinant un rideau vert qui cache autant qu’il révèle. Rien n’est vraiment silencieux : ça bruisse, ça craque, ça vit à hauteur d’herbe.
Puis deux oreilles apparaissent.
Un jeune renard se tient là, bien en vue mais également protégé par le fouillis végétal. Il ne surgit pas. Il se laisse deviner. Son pelage roux tranche à peine avec les ombres chaudes du soir, et son regard traverse les herbes comme s’il cherchait à comprendre notre présence sans encore s’en inquiéter tout à fait.
À côté de moi, mon fils a compris. Il ne dit rien. Ce silence-là vaut toutes les consignes d’affût. Il regarde le renardeau avec cette concentration intacte que les enfants savent encore offrir au vivant, sans chercher tout de suite à nommer, expliquer ou posséder l’instant.
La première image garde cette distance juste : un jeune renard assis dans son écrin de verdure, partiellement masqué par les herbes. La scène n’a rien de spectaculaire, et c’est ce qui la rend précieuse. Une présence discrète, fragile, parfaitement à sa place.
Un peu plus tard, le renardeau s’abaisse. Son museau se glisse entre les tiges, ses yeux restent visibles à travers le voile flou de la prairie. Il observe. Nous aussi. Entre lui et nous, il y a quelques mètres, beaucoup d’herbe, et cette frontière invisible qu’il ne faut pas franchir.
La lumière change encore. Un rayon plus franc traverse la clairière et vient accrocher son pelage. Le jeune renard se redresse, puis il disparaît comme il était venu, sans bruit, absorbé par les hautes herbes. Il reviendra quelques instants plus tard accompagné de ses frères et sœur. C’est finalement une ribambelle de 5 renardeaux qui s’affairent, jouent, apprivoisent les environs de ce magnifique terrier. La renarde arrive à la tombée du jour et semble siffler la fin de la récréation: les petites boules de poils disparaissent une à une dans les profondeurs de la terre pour nuit nuit de repos avant la poursuite de leur apprentissage de la vie de renard.
Nous restons quelques instants immobiles. Mon fils me regarde, puis regarde à nouveau l’endroit vide où les renards se tenaient. Il n’y a presque rien à ajouter. Sur les crêtes du Val-de-Travers, la soirée s’achève avec le sentiment magnifique d’avoir partagé quelque chose d’éphémère et de magique, et la sensation simple d’avoir été acceptés, quelques minutes, dans l’intimité du sauvage.
Val-de-Travers, juin 2026














Comment
Bravo…moments toujours attendrissants, ces renardeaux. Quand on observe la charge des(de l’) adultes (il y a souvent que la femelle qui assume ;-)) pour alimenter ces petits…c’est impressionnant. Sur des affûts de 3 heures, j’ai compté 3-4 ravitaillements. Sur un vallon elle était active pendant 3 semaines dans les prairies à quasiment toute heure de la journée.